samedi 31 mars 2012

Un (Intel) Atom suffit-il ?

Le PC n'est plus à la mode. L'intérêt du public s'est déplacé vers les appareils légers - ordiphones, tablettes - mieux adaptés à la vie sur les réseaux sociaux et à la consommation de biens numériques. Le poste de travail reste pourtant irremplaçable. Son utilisation est plus confortable grâce à un écran et un clavier plus grands, il est extensible par ses divers connecteurs (SATA, USB, IEEE 1394, etc.), son système est assez souple pour s'adapter à des tâches très diverses. La contrepartie de cette universalité est la relative difficulté d'apprentissage. Un PC, même récent, laisse l'utilisateur en charge de nombreux aspects techniques, tandis que la tablette est une sorte de télécommande perfectionnée. Il ne s'agit pas de plaider ici en faveur du PC ou de la tablette mais de poser la question:

A-t-on besoin d'un processeur très puissant sur un poste de travail ?
Et plus précisément: A-t-on besoin de quelque chose de plus puissant qu'un Atom ?

On pourrait facilement faire dire Oui au bon sens. Une bonne réserve de puissance n'est-elle pas nécessaire si la machine est susceptible d'être employée un jour comme banc de montage vidéo ? C'est le raisonnement que je conteste, expérience à l'appui.

C'est en fait à l'inverse qu'il faut raisonner. Si vous montez toute la journée des vidéos ou votre métier implique le traitement d'images en haute définition, vous avez sûrement déjà quelque chose comme un Core i5 ou un Phenom X4. Mais si vous ne savez pas bien, c'est que vous serez sûrement satisfaits par quelque chose de plus simple et de moins cher à l'achat et en consommation électrique.

Des processeurs de serveurs

Les processeurs de PC sont des déclinaisons simplifiées de puces conçues pour des serveurs pour lesquels la priorité est la rapidité de traitement. Même en version allégée et bardée de techniques de gestion de l'énergie, une telle architecture est sur-dimensionnée sur un ordinateur personnel. Lorsqu'ils travaillent, les processeurs récents ont un très bon rapport Puissance de calcul / Puissance électrique consommée. Mais leur taux d'occupation est extrêmement faible. Ils passent leur temps à attendre. Même si le PC ne fait rien, il pompe du jus et ce d'autant plus qu'il est (potentiellement) puissant: 70 Watts pour un petit, 150 Watts pour un gros. Ce valeurs peuvent doubler lorsque la machine est à pleine charge.

Longtemps, on n'a pas eu d'autre choix que de s'équiper avec ces babasses énergivores. Et puis sont venus les puces conçues pour des portables légers (les Netbooks), les appareils mobiles de lecture multimédia. On a eu le VIA C3, puis Atom d'Intel, AMD E-350 et les Tegra. Atom est un CPU à exécution dans l'ordre, E-350 tend à fusionner le CPU et le GPU, Tegra est construit avec l'architecture ARM, conjuguant RISC et faible consommation. Ces appareils demandent 20 à 35 Watts à pleins tubes. Pas de doute, c'est pas du big iron.

Aujourd'hui, il existe de petites cartes mères bon marché au format mini-ITX, avec un processeur intégré Intel Atom (http://www.mini-itx.com/store/?c=47) ou AMD E-350 (http://www.mini-itx.com/store/?c=69). Vous rajoutez de la mémoire (2 Go ou plus), un disque, une alimentation de faible puissance (http://www.ldlc.com/fiche/PB00052307.html) et vous aurez la base d'un PC à moins de 300 €.

Asus AT3IONT-I

Il y a deux ans, j'ai assemblé une petite machine autour d'une Asus AT3IONT-I, avec un Atom 330 et un jeu de composants Nvidia ION. Sans surprise, elle est silencieuse (refroidissement passif), économe (23 Watts au repos) et tient dans une jolie petite boîte. Alors, que vaut-elle pour faire tourner les logiciels ?

J'utilise un Debian GNU/Linux 64 bits en version de test, en principe peu optimisée. Le démarrage est un peu lent ~1 minute. L'utilisation de Gnome 3 est très fluide, sauf le premier affichage des icônes de lanceurs d'applications dans le mode Activités. Un navigateur avec toujours plus de dix onglets dont quelques services en AJAX, un lecteur de courrier, un traitement de texte fonctionnent simultanément sans a-coups et occupent avec le système ~750 Mo de RAM. La lecture de fichiers multimédias est fluide, comme le constate Hot Hardware (http://hothardware.com/Reviews/NVIDIA-Ion-Reference-PC-Platform-Performance-Deep-Dive-/?page=3). Pour un usage quotidien, plus n'est pas mieux.

Si on s'en tenait aux bancs test, on pourrait en revanche s'inquiéter pour les gros travaux d'image ou de vidéo. Comparé à un Core i7 2730QM@2 Ghz, l'écart va de un à cent pour le score CPU Mark (http://www.cpubenchmark.net/cpu.php?cpu=Intel+Atom+330+%40+1.60GHz) !

Le RAW du D800 à 36 Millions de pixels



Dans mon expérience, je n'ai jamais pesté contre la lenteur supposée de ma machine. Je travaille régulièrement avec des images RAW de 14 Mo et il m'arrive de créer des vidéos en 720p / 480p destinées au web. En fait, ces logiciels diffèrent les traitements lourds lors de l'enregistrement du fichier tandis que le travail d'édition reste interactif. RawTherapee, l'éditeur RAW, peut regrouper l'enregistrement de plusieurs fichiers après que l'utilisateur a fini son travail. Par curiosité, j'ai essayé sur un fichier RAW du nouveau Nikon D800 une série de réglages moyennement lourds. Le temps de traitement pour un fichier de 51 Mo est de 9 minutes 15 secondes. Il donne un fichier TIFF de 110 Mo. Cinq fichiers à l'heure, c'est très insuffisant pour faire du flux. Mais pour un amateur ou un paysagiste méticuleux, c'est encore honorable. Attention, certains réglages dans RT peuvent augmenter beaucoup le temps de calcul mais ils ne sont pas d'un usage systématique.

A l'avenir, je crois que le poste de travail personnel, va davantage subir les retombées des progrès réalisés sur les appareils mobiles. La fusion CPU+GPU est prometteuse. Côté logiciel, on peut penser que les traitements d'image ou vidéo seront réalisés d'ici peu par les GPU OpenCL ou CUDA, avec des temps de calcul drastiquement réduits.

dimanche 11 mars 2012

Comment (bien) passer de Gnome 2 à Gnome 3 (suite)

Le nouveau bureau du Linux est plus simple à utiliser et plus rationnel que le précédent. Un exemple suffit à convaincre.

Pour utiliser une application avec Gnome 2, il faut d’abord se demander si elle est déjà lancée. Si ce n’est pas le cas, on doit la chercher dans un sous-menu du menu des applications situé en haut à gauche de l’écran. La souris glisse parfois en dehors du menu. Si on veut éviter la manip, il faut peupler le panneau supérieur d’icônes de raccourcis. Mais si l’application est lancée, ces icônes sont inutiles. Pour amener la fenêtre à l’avant plan, on doit aller cliquer dans la barre des tâches située... en bas de l’écran. On s’est trop bien habitué à cette gymnastique sadique. Gnome 3 est une tentative pour rompre avec cette perversion. Mais il faut savoir utiliser les nouvelles ressources mises à disposition de l’utilisateur et notamment les commandes au clavier.

Le mode Activités

Gnome 3 rassemble en un seul outil les fonctions de bascule entre les tâches en cours et le lancement de nouvelles. Il s’agit du mode Activités. On l’atteint en plaçant la souris dans le coin supérieur gauche de l’écran ou d’une pression sur le bouton Logo/Super (ou Alt+F1).

Une barre verticale à gauche - le dash - accueille les icônes de lanceurs et d’applications en cours d’exécution. Pour lancer plusieurs programmes à la suite, on fait glisser leurs icônes hors du dash.

Au centre de l’écran, les fenêtres de programmes en cours vers lesquelles on peut basculer ou que l’on peut fermer avec un clic bien placé.

A droite, un peu en retrait si la souris ne les survole pas, les espaces de travail vers lesquels on peut ranger des groupes de fenêtres.

Si le programme recherché est absent du dash, on tape directement le nom de l’application. S’affichent alors des éléments stockés dans ordinateur (fichiers, dossiers, programmes) dont le nom commence par les lettres déjà tapées. Dès que le programme recherché est le seul élément affiché, la touche Entrée lance l’exécution.



Pour explorer l’ensemble des programmes installés sur la machine, on clique dans l’onglet Applications du mode Activités. Sur la droite en colonne, les catégories filtrent tout ce bazar. On peut ajouter des icônes au dash (clic droit -> ajouter ou glisser à la souris).

Quelles que soit la manière retenue, trouver un programme et le lancer est nettement plus rapide avec Gnome 3.

Un bureau centré sur les applications

La manipulation des fenêtres n’est pas si affreuse qu’on pouvait le craindre en constatant la suppression des boutons Minimiser et Maximiser. Le raccourci Alt+Tab affiche la liste des programmes en cours et permet d’en choisir un à mettre à l’avant plan. L’opération amène à l’avant plan toutes les fenêtres de l’application - c’est logique non ? Pour choisir entre ces dernières, on utilise le raccourci Alt+² (la touche au dessus de Tab).

Pour maximiser une fenêtre, on glisse sa barre de titre jusqu’en haut de l’écran. Si on la glisse vers un bord droit ou gauche, elle se dimensionne de façon à occuper la moitié droite ou gauche.

Par défaut un clic du milieu envoie la fenêtre à l’arrière-plan et dégage la vue sur les autres applications en cours. Inutile de chercher à voir le bureau puisque il n’y a pas de documents dessus. Quand c’est le cas, il devient rapidement un foutoir.

Critiques

J’ai fait l’expérience qu’il est possible et même facile de passer à Gnome 3, en adoptant sa logique. Les outils proposés sont simples mais suffisants. Je ne regrette absolument pas l’ancienne manière, avec Gnome 2. Cependant, quelques points du nouveau bureau me semblent un peu faibles.

L’absence de barre des tâches visible en permanence est parfois gênante. Si l’on veut se remémorer les tâches en cours, il faut taper au clavier ou jouer de la souris alors qu’un coup d’oeil au dash suffirait. Une petite option pour régler la visibilité permanente et éventuellement la taille du dash sera bienvenue. Sur les écrans actuels, avec plein de place à l’horizontale, ça ne gênerait pas. Une extension Dock existe mais elle fait double-emploi avec le dash.

Ensuite, j’ai un peu de mal à appréhender les espaces de travail. En général, ils rendent plus difficile d’accès des fenêtres plutôt qu’ils ne simplifient leur gestion (il faut taper plus de fois Tab pour atteindre une fenêtre placée dans un autre espace). C’est peut-être intéressant sur un grand écran où l’on peut avoir toutes ses fenêtres côte à côte et où l’on souhaite n’avoir que celles utiles à une tâche afin d’éviter les distractions. Mais mon écran est un «modeste» 17 pouces.

Voilà ! Je trouve intéressant d’essayer d’utiliser Gnome 3 tel quel, «Vanille». Pour les irréductibles du bidouillage, http://extensions.gnome.org.

Pour les raccourcis clavier, c’est là: http://www.tux-planet.fr/toutes-les-astuces-pour-gnome-shell/#raccourcis

lundi 5 mars 2012

Comment (bien) passer de Gnome 2 à Gnome 3

En matière d’interface graphique d’ordinateur (GUI in english), les changements sont rares, les révolutions encore moins. Pensez à la barre de tâche et au menu démarrer, apparus avec Windows 95, que l’on retrouve presque inchangés sur Windows Vista. Et le public d’utilisateurs est souvent frileux, conservateur voire réactionnaire lorsqu’un changement autre que cosmétique survient. Révolution! Lorsque Apple fusionne la sublime interface de NeXT avec le vénérable Finder de Mac OS. Psychodrame! Quand Microsoft innove enfin avec Windows 7 et son interface centrée sur les applications. Dans la nouvelle barre Windows, plus de distinction entre lanceur et tâche en cours, mis à part un discret indicateur d’activité. Un clic sur le bouton amène l’appli au premier plan (si elle est déjà lancée) avec toutes ses fenêtres. Un comportement bien plus logique sur un poste de travail individuel, inauguré par le Macintosh dans les années 1980. Ce progrès incontestable a bien sûr été vertement décrié par de nombreux nostalgiques qui avaient fini par aimer les horreurs passées. Avec Gnome 3, on assiste aujourd’hui sur le bureau Linux aux mêmes crispations.

Linus Torvalds, le leader du développement du noyau Linux, a aussi critiqué la nouvelle interface mais si les développeurs hard core avaient de bonnes idées sur les interfaces, on le saurait. En fait, la conception de Gnome 3 s’est appuyée sur de nombreuses recherches dans le domaine des interfaces homme-machine. Et on peut dire qu’il représente un des rares produits vraiment neufs depuis NeXT (1989). Ce bureau pour systèmes Linux et BSD est sorti en avril 2011. Sans surprise, la version initiale (3.0) était assez mal finie et ne donnait pas une idée juste des intentions du projet. La version que j'utilise au moment d'écrire ces lignes (3.2) est bien meilleure à cet égard.

L’esprit de Gnome 3

Comme d’autres environnements graphiques, Gnome 2 avait adopté la métaphore du bureau et était organisé autour du gestionnaire de fichier, Nautilus. Avec des disques pouvant contenir des gigaoctets et la procrastination aidant, le bureau de la plupart des gens est devenu une poubelle où s’entassent fichiers téléchargés, travail en cours, notes et raccourcis divers. En outre, il est dissimulé en permanence par les fenêtres ouvertes. Ce constat dressé par les les promoteurs du projet Gnome 3 m’a semblé extrêmement juste.

capture réalisée sans trucage d’un bureau ordinaire :
bureau-gnome-poubelle.png



Les principes retenus pour Gnome 3 : la suppression de l’affichage du bureau, la suppression des boutons de fenêtre Minimiser et Maximiser, semblent retirer des fonctionnalités mais en fait déchargent l’utilisateur d’une distraction devenue inutile. Certaines extensions proposées dans Gnome-tweak-tool réintroduisent les fonctions abandonnées, ce qui ne fait que retarder la transition.

Gnome-tweak-tool: ne pas en abuser.



Ce qu’il faut faire pour aimer Gnome 3, c’est apprendre à l’utiliser tel quel, sans extensions. Gnome-Shell permet d’organiser les tâches en cours autour des applications, des dossiers dans l’explorateur de fichier et des espaces de travail. Avec l’intégration du moteur de recherche Tracker et du journal d’événements Zeitgeist, on retrouve rapidement un document, un contact, un dossier récemment utilisé en tapant quelques lettres du nom du fichier ou de son contenu. On peut aussi retrouver des fichiers par un jeu d’étiquettes qu’on lui associe à l’aide de Nautilus. Il faut aussi garder un oeil sur Gnome-Document, un gestionnaire de documents auquel pourraient être intégrées des fonctions de gestion documentaire.

Les tags dans Nautilus:




Oublier le bureau.

Bien employé Gnome-Shell est efficace. J’ai abandonné mon bureau surchargé et entrepris de le ranger, à mon rythme. Il reste une extension utilisateur que j’ai gardée, il s’agit des thèmes. Une jolie interface n’a jamais fait de mal à personne.