lundi 10 février 2014

Libé, réseau social ?

À la lecture du peu d'information parue sur le projet des actionnaires de Libération, il est bien difficile d'émettre un avis ou une critique un peu argumentés. Erwann Gaucher fait observer avec raison que l'immobilier parisien ne serait pas une si mauvaise vache à lait et que le slogan « Le Flore du XXIe siècle » sonne un peu creux tant qu'on ne voit pas ce qu'on va y mettre dedans. Cette réserve faite, je pense que l'idée de faire d'un journal un réseau social n'est pas fondamentalement mauvaise (je la défends dans un précédent billet). Mais là encore, il faut s'entendre sur ce que ça signifie.
Les réseaux sociaux numériques sont aujourd'hui des carrefours où l'on échange contenus et discussions. Ces contenus, apportés par les utilisateurs, sont produits par des professionnels ou les utilisateurs eux-mêmes et ils ne coûtent rien aux opérateurs de ces réseaux sociaux. Ces opérateurs se sont placés au centre du processus de diffusion de l'information et ils en tirent une masse de renseignements utiles au commerce et à la publicité. Les médias qui payent des professionnels pour produire de l'information se sont laissés déposséder d'une partie très significative de la distribution numérique et des revenus qui y sont attachés.
Pour revenir au centre de la Toile, les journaux doivent cesser d'être des cul-de-sac – des points d'arrivée – mais des lieux d'échange – des carrefours. C'est ainsi que je comprends l'idée de « hub d'information » exposée par Nicolas Kayser-Brill. Le datajournalisme intéresse la phase amont du flux d'information, la capacité des médias à traiter, avec leur savoir-faire et leur éthique, la masse de données qui arrive. Le réseau social, c'est l'aval du processus, le devenir de l'information – et sa commercialisation. Ça signifie que les journaux numériques devraient intégrer, à l'image de Facebook, Twitter, G+, des fonctions de contacts interpersonnels, de partage de liens (y compris en provenance de concurrents), mais aussi de crowdsourcing, ainsi que des API (interfaces de programmation).
Si on était dans les années 1950, le Flore ne serait pas une si mauvaise image. C'était un café fréquenté par des intellectuels et des artistes et on y lisait la presse de qualité. Aujourd'hui, le café y est hors de prix et on peut y voir des voitures de sport italiennes garées devant. Pas sûr que cet attirail cliquant soit le meilleur symbole de la presse à l'âge numérique. On croise les doigts pour Libé.

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